J'ai tenu à t'avouer mes craintes, l'envie de te faire mentir face à tes accusations me traitant d'inhumaine ou de machine vide d'émotion, m'a fait réagir. La porte fermée devant moi est effrayante, je n'ose pas toucher la poignée, je sais ce qu'il y a derrière. Toi. Un semblant de vie, un semblant de force, un toi qui fais semblant. Le périple s'achève ici. Là où il a commencé, tu n'es jamais vraiment parti. Et le mot sur la porte du frigo ? Voulais tu réellement que je te retrouve ? Honnêtement Gaston, je.
Te savoir là ne te donne pas plus de présence et de consistance que dans ma mémoire. J'ai rêvé je ne sais combien de fois de pouvoir la pousser, de la fracasser, ou plus simplement même de l'ouvrir poliment cette porte, telle une personne un peu gênée ne sachant pas trop comment agir. Ce ne fut pas aisé d'apprendre à me comporter comme une personne normale avec toi. Si j'en suis capable à présent, tu n'en verras jamais les fruits. C'est à mon tour de fuir. Il est un moment dans une vie où l'on comprend que la satisfaction perpétuelle des désirs, même les plus abstraits, même les plus immoraux, doit cesser. Tout ce que ça m'a apporté fut une serrure dont je n'ai jamais possédé la clef, un manque constitutif impossible à combler. On appelle cela l'ironie du sort.
Mon portrait en noir et blanc figure toujours sur ton mur. En parlant à voix haute, hors de ta vue, je t'ai troublé. Tu t'es assis et as écouté un timbre de voix que tu avais presque oublié, croyant être victime d'une douce hallucination. J'ai cru voir une goûte couler sur ta joue alors que moi, à quelques mètres, je suis resté froide et insensible à l'officialisation de notre dissidence.
Je n'ai plus peur, ce jeu cesse naturellement puisqu'en te voyant survivre, j'ai réalisé l'ampleur de notre interdépendance. Il nous fallait une fin quelque peu tragique et tu me connais, les fins heureuses ne sont pas pour moi. Je t'ai cherché, je t'ai aperçu et j'ai décidé de m'en tenir à t'observer chaque jour par ta fenêtre d'où je te vois regarder des photos, relire mes phrases, passer des heures presque dans le noir à divaguer, et malgré tout, continuer à vivre, manger, rire parfois et surtout respirer, parce que la vie est décidément bien faite.